«Le saviez-vous ?»

BIO NM : Jean François Erard, l’aventurier de la micromécanique perdue 3/3 : l’interview.

13Août 2014

Bonjour Jean-François,

Bonjour Nicolas,

NM : Voici la seconde partie de l’interview :

NM : Traditionnellement, les Suisses n’ont pas trop la bougeotte, ils restent longtemps dans le même logement ou le même travail ; comment expliques-tu ton cumul d’expériences professionnelles?

JFE : L’aventure c’est l’aventure! J’avais soif d’apprendre et rester trop longtemps dans un poste m’ennuyait. Pour éviter d’être en situation de m’embêter, je changeais d’employeur. D’autre part, cela me permettait d’être confronté à de nouvelles situations et d’acquérir de nouveaux savoir-faire auprès des anciens.

Jean François durant l’interview

LG2A0075

 

NM : En une phrase, qu’as-tu retenu de ces anciens ?

JFE : l’adaptabilité!
Je t’explique : même le meilleur plan, celui qui est dessiné non pas par un concepteur théoricien, mais par un horloger développeur, comporte des défauts.
La mécanique de précision, à cette époque, c’était le moment ou l’on appliquait la théorie au réel, on travaillait à partir de croquis forcément moins précis qu’un dessin 3D.
Mais ce manque de précision laissait plus de place à l’imagination. A l’époque les dessinateurs touchaient la matière, ils avaient souvent une formation de mécanicien, et entre nous, on se comprenait… Aujourd’hui les plans ne sont plus faits pour des mécaniciens, mais pour des Commandes Numériques.

Jean-François dans son atelier:

LG2A0100

NM : Ton métier semble demander une grande implication intellectuelle ?

JFE : Effectivement, il faut se concentrer, parfois pendant des heures, se remettre en cause en permanence et faire preuve d’ouverture intellectuelle ; cela peut sembler étonnant, mais ce travail est très exigeant sur le plan intellectuel.

L’erreur qui été commise lorsqu’on a étudié les ouvriers en bleu de travail, c’est qu’on a vu uniquement la pénibilité du travail à la chaîne, on a voulu séparer l’image de l’intellectuel de celle du manuel.
Or, dès que tu sors du cadre lénifiant du fordisme, il faut combiner l’abstraction d’un ingénieur avec la dextérité d’un artisan. Le bleu de travail ne fait pas le moine!

Jean-François montant l’Ebrouz dans le Caucase qui culmine à 5642m

P1040568

 

NM : Cette implication sur tous les plans implique une contrepartie?

JFE : Le stress. Ca peut te paraître étrange, mais je suis en compétition avec moi-même lorsque je travaille, j’aime battre mes propres records, tant en termes de miniaturisation, de tolérances, que de rapidité de production.
Pour évacuer la pression, je me ressource dans la nature, les odeurs, les couleurs, me permettent de remettre les compteurs à zéro.
Être confronté au gigantisme de la sauvage nature montagnarde, c’est le meilleur moyen de rester humble face à la petitesse de la micromécanique…

La montagne est pour moi une forme de retour aux sources. A l’image de mes ancêtres les paysans-horlogers, qui pratiquaient la transhumance horlogère pour la foire de printemps, en descendant dans la vallée avec leurs composants dans la besace.
Comme les paysans-horlogers, qui vivaient dans un équilibre subtil entre travail de précision et travail aux champs, j’ai besoin de cet équilibre entre la mécanique et la nature.

Photo réalisée durant  le Trekking de Jean-François en Russie

P1040966

 

NM : Tu m’as dit que tu consommais beaucoup de produits culturels, pourrais-tu nous parler de chacune de tes œuvres préférées, audio, vidéo et écrites?

Alors effectivement, je suis cinéphage, je vais au cinéma au moins une fois par semaine, le grand écran, c’est toujours magique!

Coté littérature, j’aime prolonger le voyage, je m’intéresse beaucoup aux thématiques liées aux voyages, j’ai lu les œuvres complètes d’Ella Mailliart, une Suissesse qui a beaucoup voyagé, notamment en Russie.
Ce qui tombe bien, car une autre de mes thématiques de prédilection, c’est la Russie, j’ai toujours été fasciné par leur littérature. Le Docteur Jivago de Pastor Nac est un incontournable.

Evidemment, comme je te le disais par ailleurs, je lis des ouvrages sur les énergies renouvelables, qui sont au cœur de toutes les problématiques géostratégiques actuelles.

Enfin, en musique, j’aime particulièrement Renaud Séchan, notamment « La Médaille », une ode au pacifisme…

 

NM : Merci Jean-François pour tout ce temps.

JFE : Merci, à bientôt.

 

Jean-François au sommet de l’Elbrouz

P1040669

 

Caucase

Trek JFE Rus

 

 

Trekking Caucase

Photo Treeking JFE Russie

 

Trekking Caucase

Photo Treking JFE Russie

 

A bientôt les amis.
Nicolas Maillechort.

Nicolas Maillechort

Reporter virtuel

Nicolas Maillechort est un reporter virtuel d’une trentaine d’année. Il a parcouru de multiples pays, découvert de très nombreuses cultures et métiers au cours de ces passionnants voyages. Aujourd’hui, il s’intéresse à un nouvel univers, celui de l’excellence horlogère. Nicolas Maillechort a la charge d’observer, puis de raconter l’histoire du « Garde Temps – la Naissance d’une Montre ». C’est à travers ses différentes chroniques et billets, ainsi que ses reportages et interviews que le public peut découvrir cette aventure horlogère au jour le jour.

Voir tous «Les acteurs» du projet
The Naissance d’une Montre "School Watch" ('Montre École')
sold at Christie's Important Watches auction in Hong Kong for 1'461'507 USD